Homélie du 3 avril 2022

Que connaissons-nous de cette femme dont nous parle l’évangile ? Son âge, son nom, son visage ? Rien. Ni même ce qu’elle deviendra par la suite. Ce que nous savons, aux dires même des scribes et des pharisiens, c’est qu’elle a été prise en flagrant délit de relations avec un autre homme que son mari. Au regard de la loi de Moïse, c’est un motif de condamnation à mort. Et la pierre est déjà dans la main des accusateurs de cette femme. Ce qui la retient encore, c’est la perversité des accusateurs qui veulent en profiter pour régler leurs comptes avec Jésus. Prononce-toi donc : « Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Qu’en dis-tu ? »

Le piège est redoutable, mortel. Si tu ne la condamnes pas, tu deviens l’ennemi de la Loi de Moïse et tu condamnes toi-même. Alors, en guise de réponse, Jésus s’agenouille, et il écrit sur le sol. Ce qu’il écrit ? Nous aimerions bien le savoir. Certain ont imaginé qu’après avoir dit aux accusateurs de la femme : « que celui d’entre vous qui est sans péché jette la première pierre », il s’est mis à écrire à même le sol : avarice, paresse, gloutonnerie, colère, luxure, envie, orgueil, et d’autres péchés. Le voyant faire alors, tous se mettent à craindre d’être découverts par Jésus, eux qui ont péché d’une façon ou une autre. Alors, les pierres tombent de la main de tous les accusateurs qui se retirent. « À commencer par les plus âgés », nous dit Saint Jean.

« Il ne restait plus qu’eux deux, commente magnifiquement saint Augustin lisant ce même passage de l’évangile, la pécheresse et le Sauveur, la malade et le Médecin, la misère et la Miséricorde ». Elle aurait très bien pu s’enfuir. Elle est restée là. « Femme, personne ne t’a condamnée ? » — « Pas un, Seigneur. » — « Moi non plus, je ne te condamne pas… » Comment le cœur infiniment miséricordieux de celui qui, seul, est sans péché pourrait-il t’accuser ? L’écrivain André Frossard a écrit : « Ce n’est pas la toute-puissance de Dieu qui nous menace, c’est sa douceur déchirante ». (Il y a un autre monde, Fayard 1976). Dieu n’efface pas le passé. Mais, avec lui, le passé peut être dépassé. Jésus a ouvert une espérance de vie à cette femme, avec cet ordre cependant : « Va, et désormais ne pèche plus. »

Des hommes d’Église ont pu blesser des enfants et des jeunes. On l’a tragiquement découvert avec le rapport de la commission qui a travaillé sur les abus sexuels dans l’Église. Et nous avons honte pour ce qui a pu être fait, de même que par ce qui a pu être couvert de leur crime. Mais, ce qui peut aussi blesser le cœur de Dieu (sans jouer sur les mots), c’est quand des gens — surtout des chrétiens — se transforment en jeteurs de pierre ! Comme il est facile de jeter la pierre : « il faut lapider de telles personnes ».  Par extension, comme il est facile de jeter la pierre sur un Poutine ou sur tel criminel de droit commun… A moindre échelle, comme il est facile de jeter la pierre sur tel ou tel frère ou sœur en famille, en paroisse, au travail… « Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton frère », dit l’apôtre Saint Jacques dans sa lettre. Sur la Croix, Jésus sera le bouc émissaire, la victime innocente transformée en criminel, pour tous ceux qui n’auront pas voulu se reconnaître humblement pécheurs, complices du péché d’Adam.

Il n’est qu’un seul Sauveur : Jésus, qui s’agenouille près du pécheur avec « une déchirante douceur ». Cela, des millions d’hommes et de femmes en ont fait l’expérience, au cours de l’histoire de l’Église, avec des larmes de repentir et de joie. Combien de fois en sommes-nous les témoins, lors de confessions ! « Personne ne t’a condamné ? Moi non plus. Va, et désormais, ne pèche plus. » Que personne ne se voie confisquer la paix et la joie profondes que promet le Christ à ceux à qui le Seigneur veut accorder son pardon et offrir une espérance nouvelle !

Père Rémy CROCHU

Précédent

Suivant

Les commentaires sont fermés.