Deux larmes ont coulé sur les joues d’une femme âgée quand, ces derniers jours, elle m’a demandé le sacrement du pardon : « J’ai sur la conscience, me disait-elle, des pensées malsaines qui m’ont tourmentée ces derniers temps et je viens demander le pardon car je ne veux pas me présenter devant Dieu, le jour venu, avec le sentiment de n’avoir pas tout fait pour lutter contre ce qui pourrait lui déplaire dans ma vie. »

Comment ne pas établir le lien avec cette page de l’Évangile qui vient interroger puissamment notre préparation à notre rencontre d’éternité ? Cette même femme ajoutait : « je ne crois pas juste de dire (avec le chanteur M. Polnareff) « qu’on ira tous au Paradis » : comme si on pouvait se moquer de la bonté de Dieu ! »

« Si ta main est pour toi une occasion de chute, dit Jésus aujourd’hui, coupe-la : mieux vaut entrer manchot dans la vie éternelle qu’avec tes deux mains dans la géhenne de feu. »

On ne se moque pas de Dieu. On n’abuse pas de sa miséricorde. Autant il n’est pas juste de dire avec le bon larron que « nous avons ce que nous méritons », autant faut-il accepter de ne pas être sauvés sans notre contribution active : « Seigneur, je veux tout mettre en oeuvre, avec le secours de ta sainte grâce, pour ne pas recommencer et faire pénitence ».

Il y a une petite prière que le prêtre dit dans le secret, au moment de l’offertoire de la messe. Elle dit ceci : « Seigneur Jésus-Christ, que cette communion à ton Corps et à ton Sang n’entraine pour moi ni jugement ni condamnation ; mais que, par ta bonté, elle soutienne mon esprit et mon corps et me donne la guérison. » Et une autre prière, dite elle aussi tout bas : « Fais que je demeure fidèle à tes commandements et que jamais je ne sois séparé de toi. »

Nous sommes fais pour l’éternité. Tout homme est prédestiné à la Vie éternelle. Mais, n’est-il pas nécessaire d’en rappeler aujourd’hui les conditions pour y parvenir ? 3 conditions :

Croire. Croire que la Vie éternelle n’est pas pour un demain plus ou moins proche : elle est déjà commencée en celui qui croit en Dieu. Elle a commencé en nous par le baptême, et la mort n’est que la fin de notre vie terrestre.

Aimer. D’aimer le Christ et d’aimer ceux qu’il me donne de rencontrer. « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, dit Saint Paul » (Ph 1, 23), qui ajoute : « Mais, à cause de vous, je continuerai à être avec vous tous, pour votre progrès et votre joie dans la foi ».    C’est l’attitude de personnes qui savent que leur mort approche mais qui semblent repousser la mort le temps de parler une dernière fois avec un être cher ou le temps d’une réconciliation.

S’abandonner. S’en remettre à Dieu dès ici-bas dans la foi, en attendant de s’abandonner pour l’éternité dans ses bras. À la manière de Saint Joseph qui a dû vivre et mourir dans une confiance absolue dans la promesse de Dieu : « Ta femme enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve). »

Nous commençons une nouvelle année. Je me réjouis de voir déjà des signes de ce qu’elle sera. Je le vois à travers les appels auxquels certains répondent. Je le vois à travers le désir qui monte au cœur de ceux qui demandent un sacrement, un lieu de ressourcement, un service à rendre. Je le vois à travers ceux qui ne baissent pas les bras malgré les épreuves et qui continuent de soutenir ceux qui en ont le plus besoin. La Vie éternelle est déjà à l’œuvre ici ! N’ayons pas peur de désirer la vie éternelle et d’entendre l’appel à nous y préparer.

Et permettez-moi de conclure avec les mots de Thomas de Kempis dans « l’Imitation de Jésus-Christ » (XVème siècle) :

« Dans toutes tes actions, dans toutes tes pensées, tu devrais te comporter comme si tu devais mourir aujourd’hui. Si ta conscience était en bon état, tu ne craindrais pas beaucoup la mort. Il vaudrait mieux se garder de pécher que de fuir la mort. Si aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain ? »

Père Rémy CROCHU, curé

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