Homélie du 14 04 2024

« Avez-vous ici quelque chose à manger ? »

Je me suis arrêté sur cette question du ressuscité au groupe des onze apôtres et leurs compagnons. Car elle n’est pas sans nous rappeler ce qui s’était passé quelques heures plus tôt, à l’auberge des pèlerins en marche vers Emmaüs. Ils avaient marché et discuté avec Jésus pendant des heures, sans le reconnaître ; et voilà qu’au geste du pain partagé, leurs yeux se sont soudainement ouverts. Et voici que, à leur retour, le miracle recommence. On croit voir « un esprit », et voilà que cet « esprit » est fait de chair et en os… et qu’il mange ! « Il prit le poisson grillé et il mangea devant eux ».

Nous avons compris que la question de Jésus (« Avez-vous ici quelque chose à manger ? ») est une manière de leur dire : « c’est bien moi qui suis avec vous ». Mais je crois que nous devons aller un peu plus loin dans notre interprétation des choses. Certains auront compris la dimension eucharistique de la question ; et c’est sur cela que je vous propose de nous arrêter un peu.

Deux choses. À nous qui sommes entrés dans cette église, Jésus pose encore cette question : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Et que pouvons-nous répondre ? Qu’avons-nous à apporter à Jésus, à lui offrir ? Le moment qui est sans doute le plus approprié pour répondre à cette question est celui de l’offertoire, lorsque le prêtre, levant le pain et le vin, prononce ces paroles : « Tu es béni Seigneur, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, ce vin, fruits de la terre, fruit de la vigne, et du travail des hommes… » L’offertoire, comme son nom l’indique, est le temps où je peux dire au fond de mon cœur : me voilà Seigneur avec mes joies, mes peines, me voilà aussi avec celles de ceux qui se sont confiés à moi, avec ma vie entière : je dépose tout cela sur la patène du prêtre. Il y a dans les mains du prêtre un poids énorme lorsqu’il présente la patène à Dieu. Les prêtres, levant la patène, entendent celui qu’ils servent leur dire : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? A me donner à manger ? »

Je fais un second sens « eucharistique » de la question posée par Jésus : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Vous aurez sans doute remarqué que Jésus ne la pose pas parce qu’il aurait faim, humainement faim. Désormais, il n’en a plus un besoin vital. La raison est donc à chercher ailleurs. Jésus nous interroge pour nous pousser à lui dire : « Nous voyons bien que ce que proposent les marchands de ce monde ne nous rassasie pas. C’est de toi que notre vie a faim. De toi que ce monde a faim. » Rappelons-nous ce que disait Jésus à ses apôtres : « J’ai de quoi manger une nourriture que vous ne connaissez pas. (Or,) ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4, 32-34). La vie nouvelle en Christ se nourrit d’une nourriture nouvelle, spirituelle. En nous approchant pour recevoir le Pain, dans un instant, nous communierons au Corps du Christ, à son Corps ressuscité. Pas à un morceau de pain, pas un morceau de chair, mais à sa Vie nouvelle. Cette Vie nouvelle qui nous fait penser comme lui, voir comme lui, comprendre comme lui, agir et aimer comme lui. N’est-ce pas ce que nous pouvons lui demander ? Tu nous demandes, Seigneur, si nous avons « quelque chose à manger ». Prends, Seigneur et reçois en nourriture notre pauvre vie, notre pauvre amour. Et donne-nous en nourriture l’eucharistie, ta Vie !

Père Rémy CROCHU

HOMELIE-DU-14-04-2024

Père Jean Michel POUPARD

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