Œufs de Pâques

Ah, les œufs de Pâques ! La fête de la Résurrection est synonyme de ces petits rites pleins de joie familiale et certains y repensent avec nostalgie.

Le temps pascal qui va s’ouvrir, au sortir d’une Semaine Sainte où nous aurons marché avec le Christ dans son agonie, est pour chacun de nous l’occasion de regarder notre vie et celle de ceux qui nous entourent dans la perspective promise d’une Vie qui n’aura pas de fin. Les baptisés de Pâques l’illustrent de belle manière. Cependant, il faut bien reconnaître que les signes de cette Vie promise sont ténus. Beaucoup de nos contemporains vivent dans le vertige angoissant de la souffrance qui conduit à la mort et la peur du vide après elle. Ils « tuent le temps » avant que le temps les tue. Ils vivent en sursis; ils survivent.

C’est ici que les œufs de Pâques entrent en scène. Avez-vous observé (mais oui, bien sûr !) l’incubation et l’éclosion d’un œuf ? Quel miracle à l’intérieur de la fragile coquille ! Le germe minuscule se développe en embryon qui finit par remplir la coquille. A terme, l’oisillon, après avoir respiré l’air contenu depuis le départ dans une petite poche, parvient à briser la paroi de son bec fragile et à s’extraire. Pour celui qui y regarde vite, tout semble s’être déroulé de façon totalement autonome à l’intérieur de cet espace clos. En réalité, la paroi de l’œuf n’est pas étanche : des échanges gazeux s’opèrent, de la vapeur d’eau s’échappe invisiblement. Mieux ! Les spécialistes nous expliquent que l’œuf, entre le début et la fin, perd du poids !

J’en tire une petite parabole « pascale ». Nous sommes cet œuf qui vient d’être pondu. Tout semble prouver que nous vivons sans avoir besoin d’une « intervention extérieure », entendez « sans Dieu ». Un petit d’homme naît et se développe en trouvant dans l’univers qui est le sien tout ce dont il a besoin pour vivre. Il mène sa petite vie, espérant qu’elle ne finisse pas trop vite en omelette ou en œuf dur ! En tous cas, quel besoin de Dieu ? Quel besoin éprouve-t-il de la prière, des sacrements, d’une quelconque « aide » ou « secours » extérieurs ?

Le disciple du Christ — qui n’en est pas moins un œuf que les autres ! — voit au-delà des apparences. Il sait que, réchauffé au Soleil de Dieu, le germe initial de vie divine grandit en lui. Les échanges spirituels de la prière le nourrissent et, jour après jour, il se laisse transformer pour devenir, au terme, après avoir respiré le Souffle de l’Esprit et vaincu la fragile coquille de la mort, un bel oiseau capable de voler dans les grands espaces célestes (Cf. 1 Jn 3, 2) !

Le Ressuscité de Pâques, se montrant à ses amis, nous a laissé entrevoir « l’au-delà », et cette vision nourrit notre espérance. Cette vision nous fait regarder la vie présente d’une manière radicalement différente de celui qui la traverse sans but, avec « un air de Carême sans Pâques » (Pape François, la joie de l’Evangile, n°6). L’allégorie de l’œuf est un appel à tous : « sors de ta coquille » ! Ne te replie pas sur toi-même, mais ouvre-toi à Dieu et aux autres. Le poussin du corbeau résumerait les choses ainsi : « Croîs ! Crois ! »…

Père Rémy CROCHU

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