Baiser de paix

Il y a un geste de la liturgie qui met parfois mal à l’aise ou que nous pensons n’être qu’une simple salutation : le geste de paix. Beaucoup pensent qu’il n’a pas trop sa place au plein milieu de la messe et qu’il serait mieux situé au tout début. D’autre pensent qu’il n’a pas sa place du tout ! C’est un comble pour le « geste de paix » d’être un sujet de discorde !

Pour ma part, certains auront remarqué que je ne le propose que très rarement. Pour une raison simple : la réintroduction de ce vieux rite de l’Église dans la liturgie du Concile n’a pas été suffisamment accompagnée. Aussi, diverses pratiques se sont multipliées : bises, embrassades, et même déplacements à travers l’église pour aller saluer un ami ou un inconnu… Laissant certains de marbre, bras croisés, yeux baissés, prétextant « se recueillir »…

Je l’ai dit, ce geste « nouveau » est pourtant très ancien. Enraciné dans une parole du Christ : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande » (Cf. Mt 5, 24). Enraciné dans la Tradition : le fameux « saint baiser ».

Il ne s’agit donc pas d’une simple salutation et une poignée de main ou une bise ont leur ambiguïté si ces gestes sont l’expression tardive d’une salutation omise ou seulement esquissée, au commencement de la messe.

Il s’agit d’un « baiser de paix ». Au sens que lui donnent les Écritures : « Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix » (Romains 16, 16). Il s’agit d’un thème cher à Saint Paul, dans la fidélité au message du Christ, qui sait que l’unité entre les frères est un témoignage : « Soyez bien d’accord les uns avec les autres », répète-t-il à plusieurs reprises dans ses lettres aux communautés chrétiennes.

Un accord (le mot grec signifie « mêmes pensées », « mêmes sentiments ») qui ne peut se faire qu’en cherchant ensemble à être chacun en accord avec le Christ (« mêmes pensées », mêmes sentiments » que lui). C’est du même coup une sorte de geste pénitentiel à travers lequel je dis à mon frère : je ne suis pas toujours en accord avec toi et je te demande pardon. » Notez que le mot « accord » peut aussi signifier « même cœur ». C’est donc un geste pénitentiel par lequel je reconnais que je ne t’aime pas assez, que je ne suis pas accordé. Bien ajusté au chant de l’Agneau de Dieu, de ce point de vue.

En conséquence, nous devons mesurer le poids de responsabilité de qui se tourne vers un frère en disant : « la paix du Christ ». Et le geste qui semble le plus approprié n’est pas la poignée de main ou la bise, mais plutôt l’accolade : épaule contre épaule, cœur contre cœur : tu es mon frère, ma sœur, en Christ.

Je suis même convaincu que nous donnerions plus d’importance et de vertu à ce geste liturgique s’il avait tout d’abord sa place dans notre vie ordinaire de famille ou de communauté : les époux entre eux, les parents avec leurs enfants, les frères entre frères.

Père Rémy CROCHU

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