«Salut, la Compagnie !»

Alors que j’étais à préparer la fête du «Saint Sacrement» et que je songeais à la place de l’eucharistie dans ma vie aujourd’hui, m’est soudainement venue à l’esprit la question de l’importance du pain pour l’homme. Au point que notre belle langue a produit des expressions « croustillantes » (!) comme «gagner son pain  pour évoquer le salaire honnêtement gagné, ou comme «bonne comme le bon pain» pour parler d’une personne bienveillante, ou encore comme «faire passer le goût du pain» à quelqu’un à qui on en veut à mort !

Mais ce qu’on connait peut-être moins, c’est que le mot « pain » en a forgé d’autres : les « copains » (ceux qui partagent la même nourriture), les « compagnons » (idem), la « frangipane » (le pain des « frères » ou « frangins »). Et dans le prolongement : la compagnie, l’accompagnement, le compagnonnage.

La magie des mots ! En effet, n’est-il pas vrai que les véritables « copains » ou « compagnons » de route sont ceux avec qui nous avons la joie — au moins de temps en temps — de partager le pain autour d’une table ?

Jésus lui-même ne nous donne-t-il pas l’exemple en s’entourant des Douze dont il a fait ses « compagnons » de route, sa « compagnie » (les Jésuites ont choisi ce mot pour parler d’eux : «la Compagnie de Jésus») ?

Si la table eucharistique nous rassemble chaque dimanche, n’est-ce pas pour nous interpeler : en venant communier, de qui te fais-tu le « compagnon » ? Je préfère du reste ce mot à celui de « copain » qui a pris une connotation trop familière voire méprisante (le fameux «petit copain de ma fille»). La messe nous rappelle que Jésus n’est pas venu seulement nous nourrir de lui mais aussi pour nous inciter à partager le Pain de sa Vie. Les premiers chrétiens avaient bien compris cela qui étaient assidus à la «fraction du Pain», autrement dit à «rompre le pain dans les maisons, prenant leurs repas avec allégresse et simplicité du cœur» (Cf. Actes 2, 42.46).

Nous pensons à l’eucharistie. Mais, ce geste symbolique par excellence de l’amitié du Christ partagée, de la « communion » des frères en lui, n’a pas de sens s’il ne trouve son expression ordinaire, son «incarnation», dans nos rencontres humaines Quand nous parlons d’ «accompagnement» («accompagnement des familles en deuil», accompagnement des fiancés au mariage» ou «des enfants «au baptême», «accompagnement d’un groupe de jeunes» ou «d’une équipe de ceci ou cela»), avons-nous conscience de la portée du mot ?

Depuis plusieurs mois, encouragé par notre évêque qui a demandé à chaque chrétien de rejoindre une «équipe fraternelle de foi», j’ai souhaité visiter rencontrer celles-ci en proposant, autant qu’il était possible, que la messe soit célébrée. Pourquoi ? Parce que la fraternité passe par le «partage du pain». Être « accompagné », c’est se nourrir ensemble. De nourritures terrestres, pourquoi pas. D’amitié, plus encore. Mais plus que tout, des nourritures célestes que sont la Parole de Dieu et le Pain de Vie. Et, c’est pour moi une vraie dégustation que d’entendre ce que peuvent partager d’eux-mêmes ceux qui méditent les Écritures. Nous nous sentons aussitôt davantage liés les uns aux autres, davantage « compagnons ».

Invitez-moi ! Comme j’ai hâte de pouvoir vous dire : «Salut, la compagnie» !

Père Rémy CROCHU, curé

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