Homélie du 28 novembre 2021

Connaissez-vous ce dessin d’un grain de blé dans lequel l’artiste a dessiné le corps recroquevillé d’un enfant dans le sein de sa mère, juste avant la naissance ? La prophétie de Jérémie, dans la 1ère lecture, annonçait : « En ces jours-là, je ferai germer pour (la maison de) David un Germe de justice » (Jr 33, 15). Toutes les mamans savent que l’attente de la naissance d’un enfant, par-delà l’angoisse qui peut les habiter, est une expérience extraordinaire, mystérieuse, indescriptible. Les jours et les heures qui précèdent l’accouchement sont des moments d’une rare intensité affective pour la mère et pour le couple.

Pour les chrétiens, c’est une parabole précieuse pour comprendre ce qui s’est passé hier autant que pour comprendre ce que nous vivons aujourd’hui.

1) En Marie, la naissance hier s’est accomplie. Tout un peuple, pendant des siècles, a vécu dans l’attente du Messie. Le peuple juif tout entier est une « parturiente » (ce mot désigne une femme déjà entrée dans les douleurs de l’enfantement). Israël est une « femme » qui sait depuis longtemps qu’elle porte un « germe » promis à l’éclosion : le Messie, autrement dit le Christ. « En ces jours-là, je ferai germer pour (la maison de) David un Germe de justice ». Et le peuple d’Israël se demande non pas si cela va arriver, mais seulement quand cela s’accomplira, quand elle « mettra au monde » le Fils de Dieu. « Tu va concevoir et enfanter un Fils », avait promis l’ange Gabriel à la Vierge Marie : en elle, la promesse s’est réalisée, il y a maintenant 2000 ans. Jésus est la réponse à l’attente de ce peuple. Et, si les chrétiens célèbrent cette naissance chaque année en la fête de Noël, c’est qu’ils croient que le Sauveur a été donné à la terre et qu’en lui, la promesse s’est accomplie.

2) Cependant, la naissance déjà accomplie en Jésus s’accomplit aujourd’hui dans l’Église. L’Église continue en effet d’enfanter. C’est elle la « parturiente » des temps nouveaux qui continue de mettre au monde de nouveaux enfants de Dieu par le baptême et par la foi. Et elle le fait dans la douleur : sans « péridurale » ! Lorsque, dans l’évangile entendu il y a un instant, Jésus décrit un monde « ébranlé », « fracassé », « désemparé », c’est de cet accouchement dans la douleur qu’il parle, c’est des « contractions prénatales » de l’Église du Christ qu’il est question. Jésus n’a-t-il pas invité Nicodème à « naître de nouveau » ? Lui faisant doucement comprendre qu’il s’agissait d’une Vie nouvelle dans l’amour.

Cet appel, Jésus l’adresse à nous tous ! Toi qui as reçu le germe de Dieu dans le baptême, même toi qui te dis que tu as pris de l’âge et qu’il est bien tard pour toi, saches que ce germe ne demande qu’à pousser. Ne le laisse pas mourir en toi. Et, il y a encore tant d’hommes et de femmes en germe dans ce monde qui ont besoin de se laisser enfanter par l’Église qui leur murmure cette berceuse : « viens à la vie ! ». Viens partager avec tes frères et pour eux « un amour de plus en plus intense et débordant » (comme nous y invitait tout à l’heure St Paul dans la 2ème lecture). Viens et fais éclore en toi le germe divin, dans l’attente de la moisson éternelle !

Père Rémy CROCHU

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