« C’est alors que nous n’étions capables de rien que le Christ est mort pour nous. » (Romains 5,6). Ce jubilé n’est donc pas la fête de Jérôme RIALLAND qui n’était capable d’aucun bien, mais c’est la fête de Jésus Christ qui m’a associé à son sacerdoce.
Je dirai même, qui nous a associés à son sacerdoce. Il y a deux sacerdoces, et l’un va avec l’autre. Il y a le sacerdoce des fidèles dont parle Exode 19, 6 : Le Seigneur dit : « vous serez pour moi un royaume de prêtres » .Ce sacerdoce baptismal consiste à offrir la vie du monde à Dieu. C’est le plus important, : offrir notre vie et celle du monde entier en l’imprégnant de l’amour de Jésus, en répandant son amour à la louange de Dieu le Père. Et puis il y a le sacerdoce ministériel, lorsque certains au sein du peuple de Dieu, reçoivent la mission de le rassembler au nom du Christ Bon berger. C’est ce que nous avons entendu dans l’Evangile : « Jésus fut saisi de compassion envers les foules parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. » Alors il choisit les 12. En réalité, le prêtre ne remplace pas Jésus. Il n’y a qu’un seul berger, et c’est bien lui Jésus Christ. Mais Jésus nous associe à lui pour conduire son peuple, un peu comme le chien du berger. Et souvent, on voit le chien du berger courir dans tous les sens alors que le berger, lui, avance calmement d’un pas assuré. Vous savez bien que c’est au nom du berger que j’ai reçu mission de conduire le troupeau. Merci aux brebis quand elles font confiance au chien de berger. La confiance est très précieuse, c’est même un bien d’autant plus précieux qu’il devient rare. Mais votre foi, en réalité, elle n’est pas dans le chien du berger, mais dans le berger lui-même. Quand Jésus demande de prier pour qu’il y ait des ouvriers pour sa moisson, c’est la même idée. Ce ne sont pas les ouvriers qui ont fait pousser le blé, c’est Dieu. Mais Dieu a voulu associer des hommes au moissonneur Jésus Christ, pour que le blé ne soit pas perdu bien sûr ! Mais aussi – et sans doute cela dit quelque chose de la dignité que nous avons aux yeux de Dieu – pour que l’être humain puisse être davantage associé à la joie de la récolte.
Le sacerdoce ministériel est au service de tout le peuple de Dieu : c’est ce peuple qui offre sa vie en sacrifice saint capable de plaire à Dieu. La joie du prêtre, c’est de voir mûrir des saints et des saintes dans le peuple de Dieu. La joie du prêtre, c’est de voir des hommes et des femmes, des enfants, des jeunes, des vieillards, se tourner vers Dieu. La joie du prêtre, c’est de voir l’Esprit Saint à l’œuvre dans le monde, l’Esprit qui travaille les cœurs et c’est une grâce pour le prêtre d’en être témoin à travers ce que vous lui confiez. Ce jubilé est l’occasion pour moi de partager avec vous cette joie. Quand j’ai senti l’appel à devenir prêtre, j’avais 10 ans, et je ne savais pas encore très bien ce qu’était un prêtre. Je voulais juste suivre Jésus, faire comme les apôtres, me lancer dans l’aventure de Jésus. Vingt-cinq ans après, je ne regrette pas d’avoir donné ma vie à Jésus. Etre prêtre, quelle grâce ! Je pense que le saint curé d’Ars l’a merveilleusement résumé dans cette formule : « le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus. » Ce cœur qui a tant aimé les hommes jusqu’à livrer sa vie pour nous, ce cœur qui a voulu rassembler les hommes dans son amour. Ce cœur est toujours là ! Le sentez-vous ? Le sacerdoce, c’est l’amour de Jésus qui nous appelle à venir à lui, cet amour qu’il confie à des pasteurs pour qu’ils portent son peuple dans leurs propres cœurs au nom de son amour. Et ce peuple, ce ne sont pas seulement les brebis qui sont déjà rassemblées, mais c’est aussi celles qui sont égarées.
A travers le sacrement du pardon, Jésus Christ a confié à ses prêtres de faire revenir à lui ceux qu’ils ne cessent d’appeler lui-même au fond de leur cœur. A travers l’eucharistie, il a confié à ses prêtres de faire goûter à son peuple la source de toute vie, la source de tout amour, afin que désormais rassemblés par cet amour, nous devenions pour Jésus Christ une humanité de surcroît. J’explique aux enfants qu’en mettant un peu d’eau dans le vin, cela représente notre union à Jésus. Nous sommes comme la petite goutte d’eau mêlée au vin, nous devenons inséparables. Le prêtre dit alors : comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. L’eucharistie est aussi une nourriture de vie et de guérison. Car le berger panse les brebis blessées. Quand Jésus dit à ses apôtres : « allez, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons », il ne missionne pas pour un amour seulement intellectuel. C’est un amour qui change la vie. Est-ce que nous, peuple de Dieu, nous portons l’amour de Jésus qui change la vie ? Est-ce bien cet amour qui soigne, réconcilie, répare ce qui est tordu, relève ce qui est abattu ? Est-ce bien cet amour-là ? Car tel est l’amour de Jésus.
Être unis à Jésus Christ, quel bonheur. Il faudrait que le prêtre soit lui-même très unis à Jésus.
Cependant, et c’est ce que je disais en commençant, je n’avais aucun mérite quand Dieu m’a appelé à être configuré au Christ bon berger. Saint Thomas d’Aquin disait : pour être prêtre, il faudrait être saint. L’ennui, c’est que si c’était la condition pour être prêtre, il n’y aurait pas beaucoup de candidats ! Alors Jésus Christ se tourne vers tous et nous dit « priez pour qu’il y ait des ouvriers à la moisson ». Il nous donne à tous la responsabilité. Dans un peuple qui veut devenir saint, il y aura toujours des prêtres.
