Le pouvoir des mots…

Ah ! Le pouvoir des mots ! Ceux qu’on prononce et ceux qu’on s’écrit !

Des études récentes montrent que la communication par réseaux sociaux (ils représentent 1/3 du temps passé par les utilisateurs d’internet !) autoriseraient à tout dire, à se lâcher, jusqu’à injurier et à blesser. C’est malheureusement vrai pour d’autres lieux de communication, dans un contexte de pandémie qui ne favorise pas la disponibilité et l’écoute nécessaires à toute relation de qualité.

Je me rends bien compte personnellement que je suis moi-même pris dans cette logique. Tantôt comme victime, tantôt — je dois me l’avouer — comme « mal-disant ». On m’a enseigné depuis mon plus jeune âge à « ne pas dire du mal des autres », proches ou lointains. C’est une attitude détestable et destructrice, surtout quand on le fait dans leur dos. Il n’y a aucun courage à dire du mal d’autrui.

Saint Paul rappelle aux communautés dont il a la charge : « Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il en est besoin, dites une parole bonne et constructive, bienveillante pour ceux qui vous écoutent » (Ep 4, 29). C’est que Paul connaît le pouvoir des mots. Pas moins que l’apôtre Saint Jacques : « La langue, aucun homme n’est arrivé à la dompter, vraie peste, toujours en mouvement, remplie d’un venin mortel. Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, eux qui ont été créés à l’image de Dieu. Bénédiction et malédiction sortent de la même bouche. Mes frères, il ne doit pas en être ainsi. Une source donne-t-elle par le même orifice de l’eau amère et de l’eau douce ? » (Jc 3, 8-11).

Mais j’ai réalisé que « médire » peut aussi signifier « mal dire ». C’est-à-dire exprimer quelque chose qui aurait pu être bon en soi, mais le dire avec une intention malveillante : avec rancune, colère ou seulement maladroitement, par manque d’écoute, d’attention. Le ton ou le regard même qui accompagnent une parole ne sont jamais anodins. D’où l’importance dans un « texto », des petits « smiley » J ou des « émoji » 😉  qui apparaissent opportunément. Par exemple, on peut écrire à son voisin : « Ta voiture est mal garée » ; cette remarque ne sera pas reçue de la même manière si on y ajoute un 😇 ou si on lui appose un 😒. Et le pire étant de ne rien mettre du tout, laissant planer un doute terrible sur le sens de la phrase !

Nous vivons dans une paroisse. Celle-ci n’est pas un groupe d’amis qui se sont choisis et qui et partiraient volontiers ensemble en vacances. Ce serait si simple ! Mais, la vie fraternelle a ses exigences. Elle est rude, voire même crucifiante, quand on la prend au sérieux, à la manière du Christ, « Parole de Dieu ». Se taire est souvent la preuve d’un grand courage. Mais l’est plus encore de savoir « dire des paroles bonnes et constructives ». Pensez à Jésus devant Pilate ! C’est vrai dans une famille ; c’est vrai entre chrétiens ; c’est vrai en Église. Non pas se taire en laissant pourrir une situation… Mais s’exprimer d’une telle manière que l’autre se sente écouté, considéré, respecté, et non pas humilié ou écrasé : « Je lui ai dit ses quatre vérités ! » (ou pire : « je lui ai rappelé ce que dit le Catéchisme de l’Église Catholique » !).

Si, en me lisant, quelqu’un venait à se sentir visé, je le rassure sur mes propres intentions : 😍 👍 😉 🙏 🙄 !

Père Rémy CROCHU, curé

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