De la peste au Covid-19

La crise sanitaire que nous traversons n’est pas vraiment une nouveauté. D’autres époques, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, ont connu des phénomènes semblables : la peste, la lèpre ou plus récemment la grippe espagnole ou Ébola. A ne citer que ces maladies-là. Et, il est intéressant me semble-t-il de regarder alors comment nos ancêtres ont vécu ces périodes tragiques et quelles conclusions ils en ont tiré.

Dans un article intitulé : « La perception de la peste en pays chrétien byzantin et musulman », datant de 2001, deux spécialistes, l’une en histoire byzantine, Marie-Hélène Congourdeau (CNRS) et l’autre en histoire musulmane, Mohammed Melhaoui, dressent un portrait détaillé de ces fléaux. Ils concluent que « deux types de réaction » s’expriment, tant dans le monde chrétien que dans le monde musulman.

1) Une 1ère réaction lit la peste comme un événement directement religieux : Dieu est en colère et nous devons apaiser sa colère. 2) Une 2de réaction, issu de la tradition médicale grecque et reprise par le monde arabe, observe et conclut à des causes naturelles de ces pandémies, sans pour autant nier que Dieu en soit la cause première. Évidemment, le premier courant aura eu tendance à suspecter le second, dans l’importance accordé à la raison naturelle perçue comme un outrage envers Dieu. Le tout sur le fond de milliers de morts !

Le rapprochement avec la crise actuelle est en partie éclairant. Nous assistons en effet à une gestion de la crise où s’opposent aujourd’hui encore des forces contraires. Le monde moderne, résolument rationaliste, a disqualifié (du moins en occident) la lecture religieuse des événements, renvoyée à la sphère du privé. Et le combat est désormais mené entre deux nouvelles forces : 1) le monde scientifique et médical (soigner des malades) et 2) le monde économico-politique (préserver la production de richesses). Les premiers sont encore dans l’étude de ce virus mal connu et la manière de le combattre ; les seconds vivent dans l’urgence de sortir de la crise. Les croyants ajoutent (trop peu !) au débat la dimension spirituelle qui interroge les deux premières : ce virus n’est-il pas une nouvelle lèpre envoyée pour réveiller un monde malade ?

On lit chez Saint Basile, au temps de la peste ravageant Constantinople (IVème siècle) : « c’est Dieu qui envoie ces maladies, par l’intermédiaire des causes naturelles, non pour punir les hommes mais pour prévenir des maux plus grands » (maux spirituels, plus graves que les maux physiques).

Dépassé ? Pour le moins, nous devons apprendre de la crise actuelle à en extraire une sorte de message divin. « Essayons de tirer du bien de cette situation que la pandémie nous impose », déclarait le pape François à l’issue de l’Angélus, prononcé depuis les appartements pontificaux, le 29 novembre dernier. Et le saint Père écrit dans son dernier livre « un temps pour changer » (déc 2020) : « La Covid est notre « moment de Noé ». Ne le gâchons pas. » Les questions de bioéthique soulevées dans ce numéro du bulletin sont de cet ordre (voir au dos). Car, la crise de la Covid en cache d’autres comme le réchauffement climatique, les replis identitaires mondiaux, les idéologies totalitaires. La maison brûle !

Dieu en colère ? Non, jamais ! Mais qu’il cherche à nous dire quelque chose à travers cette crise, cela me semble une évidence ! Un message aux politiques et aux scientifiques ? certainement. Mais aussi un message aux chrétiens qui devraient davantage « écouter ce que dit Dieu » (Ps 85(84), 9) que repartir en croisade, ce qui donne prise au Diable et n’augure rien de bon.

Seigneur, donne-nous ton Esprit d’unité, d’intelligence et de paix !

Père Rémy CROCHU, curé

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