Où allons-nous ?

« Quand je vois tout ce qui se passe aujourd’hui, ça me donne envie d’être déjà de l’autre côté. » Réflexion d’un ancien ? Non. Celle d’une jeune adolescente, chrétienne, en réaction à de nouvelles « évolutions » de société votées par nos députés.

A l’évidence, beaucoup de nos contemporains rejettent des modèles souvent jugés usés, dépassés, obsolètes, et aspirent à des « évolutions » des mœurs et des codes sociaux. Et les valeurs républicaines de « Liberté, Égalité, Fraternité » servent à justifier des théories parfois extravagantes, élaborées par des lobbies obscurs, au nom d’un prétendu « progrès » en réaction à l’héritage du passé, jugé « ringard » : Mariage pour tous, Théorie du Genre, PMA, euthanasie, égalité homme-femme, etc. Des « évolutions » qui semblent imaginées par des pervers machiavéliques voulant nous faire croire que « c’est pour votre bien, pour votre sécurité, pour défendre votre pouvoir d’achat. » Mieux : « Pour servir la cohésion nationale ! » On frise l’hypocrisie !

A l’opposé, monte l’amertume des déçus. De ceux qui désespèrent devant l’escalade inexorable des tracasseries administratives, de l’insécurité, des indiscrétions de « Big Brother » dans leur intimité, ou encore de l’inhumanité du système scolaire ou du monde professionnel. Sans parler du dégoût provoqué par les scandales internes à l’Église… D’où les tentations du repli sur soi ou sur son cercle d’amis, du « chacun pour soi », des regrets nostalgiques : « c’était tellement mieux avant ».

Comment réagir devant ce sombre tableau trop vite brossé ? En peinture justement, il est important de définir les « points de fuite » qui vont mettre les éléments en perspective. Or, il y a deux perspectives chrétiennes à partir desquelles chacun de nous peut mettre en relief ses convictions et ses choix, et ainsi sortir du cercle infernal du mécontentement des uns comme des autres :

1. Nous marchons vers le Royaume, vers une vie qui croît déjà en nous comme le grain de blé tombé en terre et qui donnera bientôt le blé plein l’épi ;

2. et tout homme est un frère / une sœur à aimer, et près de qui je vivrai pour l’éternité. Pas d’exceptions !

Hors de cette double perspective, je continuerai de me dire que le monde ressemble aux passagers, à bord du Titanic, joyeux et inconscients d’être à quelques heures du naufrage ! Le pire étant de prétendre pouvoir regarder ce désastre en simple spectateur : « tant pis pour eux » !

Mais si, avec la grâce de Dieu, je la garde en mémoire (cette double perspective), comme on suit un phare dans la nuit pour tracer sa route, elle nourrit en moi une paix et une espérance profondes qui m’apprennent la relativité de ces choses auxquelles d’autres donnent tant d’importance, et elle renouvelle ma patience, y compris envers moi, ma charité (ma « douceur », dirait le pape François) et mon courage au quotidien à leur égard.

C’est ce qui peut motiver une nouvelle année dans nos divers services en paroisse et nous remplir d’enthousiasme : chouette, une nouvelle année ! C’est ce qui peut aussi donner du sens à une participation paroissiale à la Fête des familles, à Alençon, le dernier week-end d’octobre. Il nous mettra à l’école de Louis et Zélie Martin, les parents récemment canonisés de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Je suis convaincu qu’ils ont quelque chose à dire et enseigner à tous ceux qui aujourd’hui s’interrogent : « où allons-nous ? », et qui n’ont pas envie de se laisser broyer par le « système » !

Père Rémy CROCHU

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