LES MAÎTRES DU SILENCE
Les vacances entraînent de nouveaux sujets de conversations. Ainsi peut-on s’enquérir de ce que deviennent les jeunes après leurs examens, les projets de stages, de formation ou leurs orientations professionnelles. Les loisirs du moment, en particulier la Coupe du monde de football ou le Tour de France, animent des pronostics que chacun s’amuse à partager. La canicule estivale revient sans cesse dans les conversations pour méditer sur le changement climatique et s’inquiéter de ce que souffrent les plus vulnérables. Tous ces sujets d’actualité nous donnent l’occasion de parler avec d’autres ; ne sommes-nous pas des êtres de relations ? Certes la Parole fait partie de l’homme, et c’est bon que nous échangions les uns avec les autres pendant ces vacances. Mais le silence est aussi une possibilité pendant les vacances. Je voudrais donner comme exemple deux aînés dans la foi, que nous allons fêter respectivement le 22 et le 26 juillet.
Sainte Marie-Madeleine est parfois distinguée de la sœur de Lazare qui se tenait au pied de Jésus à Béthanie. Pourtant, l’examen attentif des 4 évangiles montre que la femme pécheresse en St Luc (Lc 7,37) qui introduit ensuite la présentation de Marie-Madeleine (Lc 8,2) ressemble beaucoup à celle que St Jean présente comme la sœur de Marthe et de Lazare. Si la scène est décrite différemment dans les 4 Évangiles, on comprend qu’il s’agissait d’un repas chez un pharisien, Simon le Lépreux, de la ville de Béthanie où habitaient Lazare et ses sœurs. Le geste est le même, répandre le parfum contenu dans un vase d’albâtre, avec des variantes sur la tête et les pieds. St Marc note que le vase est cassé : tout est répandu ! Or St Jean écrit que le parfum remplit toute la maison. Le parfum avait la valeur de 300 deniers soit environ 15000 euros aujourd’hui. C’est à la suite de ce geste que Judas est scandalisé et décide de trahir Jésus. Mais le geste de la femme est symbolique : le flacon d’albâtre qu’il faut briser, c’est notre cœur, et le parfum qu’il faut répandre, c’est notre amour. Il s’agit de tout donner, sans rien garder pour soi, comme le fera Jésus. Si cette femme ne parle pas dans l’Évangile, on la voit ensuite silencieuse au pied de Jésus à l’écouter, puis au pied de la croix. Ce silence est écoute et méditation qui nous invitent à aimer et tout recevoir de Jésus dans la prière. Dans le massif de la Sainte Baume, on fait mémoire de l’attitude de cette sainte pénitente qui, dans la prière et le recueillement évoqué par le silence de la forêt, nous a montré le chemin de l’amour silencieux, car intériorisé.
Sainte Anne n’est pas dans l’Évangile, mais elle est évoquée dans un texte du 2e siècle : le « Protévangile de Jacques ». Elle y apparaît comme une femme qui a longtemps attendu d’avoir un enfant : ce sera Marie, la mère du Seigneur Jésus. Comme grand-mère, son culte se répandit en Bretagne, peuple de marins dont on dit que les grands-mères étaient souvent celles qui s’occupaient des enfants. La discrétion qui entoure la vie de Sainte Anne nous donne un autre modèle de silence : celui de l’attention humble et fidèle aux tâches quotidiennes. Ste Anne est la femme qui symbolise l’espérance : elle garde confiance dans une vie en apparence sans succès. Elle sait que Dieu fera tout en son temps. Comme elle, sachons aussi cultiver la paix intérieure.
Dans un monde bien souvent agité, n’avons-nous pas besoin de maîtres du silence ? Que ces femmes qui nous ont précédés dans la foi nous aident à revenir là où la tempête ne peut atteindre : dans le plus intime du cœur. C’est là où Dieu nous donne rendez-vous. Père Jérôme RIALLAND
