Le prix de l’amour

Tout le temps de Noël, nous méditons jour après jour la première lettre de Saint Jean. Un joyau au milieu de multiples autres joyaux. Cependant, dans sa brièveté (elle ne compte que 5 petits « chapitres ») elle ensoleille ce temps de Noël d’une lumière dont nous avons bien besoin, en cette période d’hiver, au sens propre comme au sens figuré.

Saint Jean, le « disciple bien aimé » du Seigneur, ponctue sa lettre d’une adresse non moins affectueuse : « mes petits enfants » (8 fois), « mes bien aimés » (5 fois), « mes frères » (2 fois) ou encore « jeunes enfants » (2 fois).

Cette tendresse est celle qui habite celui qui a plongé profondément dans le mystère de l’incarnation du « Verbe de vie » et « Sauveur du monde » qu’il a « vu de ses yeux, entendu [de ses oreilles] et touché de ses mains » (Cf. 1Jn 1, 2-3). La tendresse de l’apôtre qui sait à qui il s’adresse : à des disciples dont certains sont déjà « forts » (1Jn 2, 15) mais à d’autres encore « petits enfants » dans la vie spirituelle, encore fragiles et maladroits. Des « petits enfants » qui ont encore à apprendre combien sont liés l’amour de Dieu et l’amour des frères. On ne peut aimer l’un sans l’autre, ce serait un « mensonge ». « Celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1Jn 4, 21).

En écrivant cela, Saint Jean n’ignore pas ce qui se vit au sein des premières communautés de chrétiens. Dans sa troisième et dernière lettre adressée à un certain Caïus, Jean promet de rappeler le jour venu à un responsable de communauté ses propos malveillants : « et non content de cela, il n’accueille pas les frères, et ceux qui le voudraient, il les empêche et les rejette de l’Église (de la communauté) » (3Jn 10).

Le combat pour l’amour fraternel, dans nos familles, dans nos paroisses, n’est jamais facile. Il n’est jamais gagné. Il est lié au combat spirituel dans lequel le Seigneur veut avoir la première place au fond du cœur de celui qui est « né de Dieu », engendré par lui.

C’est un combat qu’il faut cependant savoir mener, un combat crucifiant. C’est avant tout le combat victorieux du Christ : « En ceci nous avons reconnu l’amour : c’est que Celui-là a livré sa vie pour nous (sur la croix), et nous aussi, nous devons livrer notre vie pour nos frères » (1Jn 3, 16). Il ne s’agit pas de croire que nous devrions ou pourrions « imiter » le Christ. Aimer est avant tout un don à demander : « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés » (1Jn 4, 10).

Nous n’aurons jamais assez aimé, ni Dieu, ni les frères et sœurs qu’il nous donne d’aimer. Nous serons toujours en dette. Mais, cette dette d’amour est en quelque sorte comblée par l’Esprit du Christ, mort et ressuscité. J’étais désemparé ces jours-ci devant la détresse d’une famille éprouvée par une accumulation de membres gravement malades. Mais, la messe que nous avons spécialement dite pour cette famille et notre compassion unie à celle du Christ, j’en ai la certitude, ne peuvent que porter du fruit. Nous ne savons comment, mais nous le croyons. Et « celui qui croit est déjà vainqueur du monde », dit Saint Jean (1Jn 5, 5) !

Meilleurs vœux d’amour à tous et à toutes !

Père Rémy CROCHU

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